Exemple · 3 min de lecture
Éloge funèbre pour une mère, par sa fille
Un hommage lumineux de 620 mots qui part d'un carnet de courses et finit sur une habitude que trois personnes ont reprise sans se concerter.
4 mars 2026
Situation : Pour une mère · Ton : Lumineux · Durée : ~4 minutes (620 mots)
Je suis Hélène, la fille de Nicole. La deuxième d'une liste de trois, ce qui, dans notre famille, veut dire celle qui rangeait.
Ma mère faisait ses courses avec un carnet. Un vrai, à spirale, qu'elle gardait dans la poche de son manteau et qu'elle refusait de remplacer par un téléphone. On lui a offert trois téléphones. Ils ont tous fini dans le tiroir de l'entrée, à côté des piles.
En vidant l'appartement le mois dernier, on a retrouvé quatorze carnets.
Ce sont des listes de courses. Du pain, du beurre, des œufs, du persil — ma mère achetait du persil toutes les semaines et je n'ai jamais compris pour quoi faire. Mais entre deux lignes de courses, il y a autre chose. « Rappeler Mme Lambert, elle est seule le dimanche. » « Passer voir Josiane, elle a mauvaise mine. » « Sylvie : ne pas oublier son concours, jeudi. »
Ma mère faisait ses courses et son inventaire du monde sur le même papier. Le beurre et Mme Lambert, à la suite, sans hiérarchie.
Je voudrais vous raconter un jeudi. Le jeudi du concours de Sylvie, justement, en 2011. Sylvie, c'est ma sœur, elle est là au premier rang, et elle va me détester.
Sylvie passait un examen à Lyon, à quatorze heures. Elle avait dit à tout le monde qu'elle n'avait besoin de rien. Ma mère a pris le premier train, elle est restée quatre heures assise sur un banc devant la faculté, dans le froid, sans prévenir personne. Quand Sylvie est sortie, ma mère était en train de tricoter. Elle a levé les yeux et elle a dit : « Ah, tu as fini ? On va manger, alors. »
Elle n'a jamais dit qu'elle était venue pour elle. Elle avait « des choses à faire à Lyon ». Elle n'avait rien à faire à Lyon.
C'est ça, ma mère. Elle ne vous a jamais annoncé qu'elle s'occupait de vous. Elle s'en occupait, et elle vous laissait le découvrir six ans plus tard, en vidant un appartement.
Il y a quelque chose que je veux vous dire, et c'est la raison pour laquelle je tenais à parler aujourd'hui.
Depuis deux mois, sans qu'on se soit rien dit, on a tous les trois un carnet. Sylvie a un carnet. Mon frère a un carnet — un carnet de chantier, épouvantable, mais un carnet. Moi j'en ai un dans la poche de mon manteau, et il y a écrit dedans, entre le pain et le fromage : « Appeler papa le dimanche. »
On n'en avait jamais parlé. On s'en est aperçu à Noël.
Maman, tu nous as fait trois enfants qui écrivent les gens sur des listes de courses. Je crois que c'est la chose la plus juste que je puisse dire de toi.
Et je vais continuer à acheter du persil. Je ne sais toujours pas pourquoi.
Pourquoi ça marche
Un objet porte tout le texte. Le carnet apparaît à la première phrase, revient au milieu, et ferme l'hommage. L'assemblée n'a qu'une chose à retenir, et elle la tient dans la main.
La preuve remplace l'affirmation. « Elle pensait aux autres » ne serait qu'une phrase. Quatre heures sur un banc à Lyon, et le mensonge tranquille du « j'avais des choses à faire », c'est une démonstration.
Le rire est offert par la défunte, pas fabriqué. Les trois téléphones dans le tiroir et le persil inexpliqué font sourire parce qu'ils sont vrais. Le texte ne cherche jamais la blague : il rapporte une drôlerie qui existait déjà.
La fin nomme ce qui continue, et le nomme au présent. Trois carnets, sans concertation. C'est un héritage vérifiable, pas un vœu pieux — et cela donne à l'assemblée quelque chose à emporter, ce qui est exactement le travail d'un éloge.
Le vôtre, en dix minutes
Six questions, un discours bâti sur vos souvenirs, ajustable au mot près. Calibré pour un éloge funèbre pour une mère.
Essayer le générateur →Questions fréquentes
Peut-on vraiment sourire dans un hommage à sa mère ?
Oui, quand le sourire vient d'elle. Ici, le carnet de courses est drôle parce qu'il était drôle de son vivant : le texte ne fabrique pas la légèreté, il la rapporte.
Pourquoi ce texte évite-t-il le mot « courageuse » ?
Parce que c'est le mot que tout le monde attend, et qu'il ne montre rien. Une femme qui note « acheter du pain — et rappeler Mme Lambert, elle est seule » sur un carnet de courses est plus éloquente que dix adjectifs.
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