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Discours Parfait

Exemple · 3 min de lecture

Éloge funèbre pour une grand-mère, par sa petite-fille

Ce que les petits-enfants ont vu et que personne d'autre ne racontera : la version d'une femme que ses propres enfants n'ont pas connue.

10 mars 2026

Situation : Pour une grand-mère · Ton : Tendre · Durée : ~3 minutes (525 mots)


Je m'appelle Léa, je suis la petite-fille de Simone. La plus jeune, celle qui a eu la chance d'arriver quand elle avait déjà arrêté de travailler.

Je voudrais parler de la Simone que ses enfants n'ont pas connue.

Mes tantes et mon père ont eu une mère qui se levait à cinq heures, qui faisait trois ménages, qui rentrait à sept heures avec les traits tirés. Ils m'ont raconté cette femme-là. Elle était admirable, et elle était fatiguée.

Nous, les petits-enfants, on a eu quelqu'un d'autre. On a eu une femme de soixante-deux ans qui avait fini de se battre, et qui avait décidé que le mercredi lui appartenait.

Le mercredi, chez Simone, il n'y avait aucune règle. On mangeait dans le salon. On regardait des feuilletons qui n'étaient pas de notre âge, et elle commentait à voix haute, très fort, en insultant les personnages. On faisait des crêpes à seize heures — et la première, toujours la première, celle qui rate, elle la donnait au chien du voisin par la fenêtre de la cuisine. Le chien attendait à seize heures dix. Ce chien avait un agenda.

Un mercredi, j'avais neuf ans, je lui ai demandé pourquoi elle nous laissait tout faire alors que mon père racontait qu'avec elle, enfant, il n'avait le droit à rien.

Elle a réfléchi. Elle a dit : « Parce que maintenant j'ai le temps. Avant, je n'avais pas le temps d'être gentille. »

Je n'ai pas compris à neuf ans. J'ai compris à trente-quatre, avec deux enfants, un travail, et des mercredis où je ne suis pas gentille non plus.

Ma grand-mère ne nous a pas gâtés. Elle nous a donné le temps qu'elle n'avait pas eu à donner à ses propres enfants — et je crois qu'elle savait exactement ce qu'elle faisait. Je crois même que c'était sa façon de réparer quelque chose.

Papa, tantes : elle vous aimait avec cinq heures du matin. C'est plus dur, et ça ne se voit pas sur des crêpes.

Mamie, il y a maintenant une cuisine, dans un immeuble à Nantes, où le mercredi on mange dans le salon et où la première crêpe est ratée exprès.

Le chien, lui, n'est pas venu. Il faut ce qu'il faut.


Pourquoi ça marche

Le texte revendique son angle dès la troisième ligne. « La Simone que ses enfants n'ont pas connue » : l'oratrice dit ce qu'elle apporte et ce qu'elle n'apporte pas. Personne ne s'attend plus à une biographie.

Un rituel daté remplace une liste de qualités. Le mercredi, les crêpes de seize heures, le chien de seize heures dix. Ce sont des détails minuscules, et c'est exactement pour ça qu'ils sont impossibles à confondre avec ceux d'une autre grand-mère.

Une phrase citée porte tout le sens. « Avant, je n'avais pas le temps d'être gentille » explique une vie entière sans jamais la raconter, et donne au passage sa dignité à la mère fatiguée des années soixante-dix.

L'hommage prend soin de ceux qui restent. La phrase adressée au père et aux tantes — « elle vous aimait avec cinq heures du matin » — désamorce la jalousie que ce genre de texte peut créer. Un bon éloge fait attention à l'assemblée autant qu'au défunt.

Le vôtre, en dix minutes

Six questions, un discours bâti sur vos souvenirs, ajustable au mot près. Calibré pour un éloge funèbre pour une grand-mère.

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Questions fréquentes

Que peut dire un petit-enfant que les enfants ne peuvent pas dire ?

Une version plus disponible, plus drôle, souvent plus libre. Les grands-parents ont eu le temps qu'ils n'avaient pas eu avec leurs propres enfants — c'est un angle que personne d'autre dans la salle ne possède.

Faut-il éviter les souvenirs d'enfance, qui se ressemblent tous ?

Non : il faut les rendre datés et situés. « Elle faisait des crêpes » n'existe pas. « Elle faisait des crêpes le mercredi et gardait la première pour le chien » existe.